jeudi 31 mars 2016

Les huiles essentielles : joujoux ou dangers

Huile essentielle dans un flacon opaque

Depuis un bout de temps, je participe à des échanges sur des groupes de partages de recettes et de questions sur les cosmétiques et produits de soins naturels. Il arrive que parfois des sujets nous amènent à parler des huiles essentielles (HE). Avec souvent des visées thérapeutiques et autres. Bref! Mais il y’a quelques commentaires qui m’intriguent toujours, du genre : « Jamais d’huiles essentielles chez la femme enceinte », « Jamais d’huiles essentielles chez les bébés » ou encore « les huiles essentielles c’est dangereux, il ne faut jamais les avaler » et bien d’autres du genre.

Je me suis rendu compte que soit les HE étaient diabolisées, soit qu’on appelait n’importe quel extrait aromatique de fleurs HE.
En réalité, il n’en est rien de tout ça.
Avant tout commençons par la définition d’une HE. Qu’est-ce que c’est ? Que peut-on appeler HE?

Définition d’une HE
« L’huile essentielle est la fraction odorante volatile extraite des végétaux » (Folliard, 2014, p10)[1]. Mais tous les extraits odorants ne seront pas appelés HE. Par exemple, les extraits d’agrumes seront eux appelés essences car étant obtenus par expression (procédé mécanique consistant à briser les poches de zeste frais des agrumes) et non par distillation; et le produit végétal utilisé ne subit aucune modification[2].

Méthode d’obtention des HE
Pour le chercheur Pierre Franchomme, le terme huile essentielle doit être strictement réservé au produit aromatique issu de la distillation2. La distillation est un procédé d’entrainement à la vapeur d’eau des substances aromatiques. L’eau recueillie lors de cette opération est appelée hydrolat ou eau florale dans les cas de distillation de fleurs. Ce qui nous amène à dire que s’il n’y a pas d’huile essentielle d’une plante X, il ne peut pas exister d’hydrolat de cette dernière. Il faut donc se méfier des fausses appellations.
Des extraits aromatiques obtenus par d’autres procédés existent bien, mais on devrait les nommer autrement que HE. Par exemple, les fleurs de lilas qui ne supportent pas la chaleur de la vapeur d’eau ne sont pas distillées. Par contre on en recueille un extrait grâce à la méthode d’extraction avec le CO2 supercritique. Ce produit ne peut pas être appelé HE mais n’en demeure pas moins un extrait aromatique de qualité de lilas.
Revenons donc à notre sujet qui est l’utilisation des HE.

Les propriétés des HE
Les HE sont gorgées de molécules actives qui possèdent des propriétés liées à leurs structures chimiques. Ce qui a permis à l’aromathérapie scientifique d’en faire une classification en fonction de leurs composantes biochimiques, et d’utiliser la relation structure-activité de ces composantes à des fins thérapeutiques. Par exemple les HE essentielles de la famille des phénols (origan, girofle, sariette …) sont des anti-infectieux majeurs dû à la molécule de carvacrol. Alors que les aldéhydes terpéniques (Eucalytus citronné, Litsée citronnée, verveine …) vont être d’excellentes HE anti-inflammatoires et calmantes dû aux molécules telles que le citronnellal, le géranial. Comme en pharmacologie, l’activité d’un médicament étant liée à sa structure chimique, il en est de même pour les HE.
Référentiel électrique des huiles essenentielles
Tout ceci nous montre que les HE ne sont pas des joujoux qu’on peut utiliser à notre guise sans respecter certaines précautions. Mais là n’est pas le réel problème. Le problème est que en voulant trop faire attention, on a fini par diaboliser les HE et à s’en méfier comme de la peste.

Joujoux ou dangers
Les HE doivent être considérées comme on le ferait pour un médicament, c’est-à-dire à n’utiliser que sur avis médical ou pharmaceutique, dans notre cas sur avis d’un praticien en médecine naturel qui a des connaissances solides en aromathérapie (et non n’importe qui prétendant avoir une connaissance des HE).
Certaines sont très sécuritaires et ne présentent quasiment aucuns dangers dans leur utilisation aux doses normales. C’est le cas par exemple de la lavande vraie (lavandula angustifolia). Par contre d’autres vont nécessiter un usage très contrôlé, cas du thuya occidentalis ou cèdre du Canada.

HE, grossesse et allaitement
Toutes les HE ne sont pas exclues pendant la grossesse et l’allaitement. Cette idée répandue qui dit que l’utilisation des HE est strictement interdite pendant la grossesse est totalement fausse. Pour paraphraser Danièle Festy, « les HE ne sont pas dangereuses mais puissantes…elles peuvent effectivement devenir dangereuses si elles sont mal utilisées. Exactement comme le Tylenol*, la voiture, l’électricité ou l’eau »[3]. Aussi du début à la fin de sa grossesse et pendant l’allaitement on peut avoir recours à certaines HE en particulier qui pour la plupart seront administrées à l’externe. La prise orale d’HE chez la femme enceinte ne se fera que sur prescription d’un thérapeute.

Les HE chez les enfants
« Pas d’HE avant 6 ans chez l’enfant ». C’est la phrase qui revient le plus souvent. Cela est vrai pour certaines HE mais pas pour toutes. L’enfant qui fait un rhume ou une toux peut très bien recevoir une onction de Ravintsara ou d’Eucalyptus radiata qui sont des HE très efficaces et inoffensives si utilisées comme il faut. De même que chez la femme enceinte, chez l’enfant on va respecter certaines conditions d’utilisation et toujours demander conseils à des spécialistes.

Peut-on avaler les HE?
Oui et non. Dans l’évolution de la connaissance et de l’utilisation des HE, il s’est développé deux approches principales. L’approche française qui reconnait dans les HE des molécules thérapeutiques et les considère comme des médicaments. Pour cette approche, les HE peuvent être administrées en interne et en externe en fonction de critères bien connus (dermocausticité, visée thérapeutique, toxicité…). Et même dans cette approche, toutes les HE ne sont pas administrables par voie orale.
La deuxième approche, appelée approche anglaise va elle plutôt prôner une utilisation seulement en externe des HE et surtout pour un usage en cosmétique.
Il faut donc toujours se fier à l’avis de naturopathe ou aromathérapeute pour une administration quelconque des HE »

En conclusion
 Nous devons garder à l’esprit que les HE ne sont pas des extraits naturels banals dont on peut user comme bon nous semble. On a parfois tendance à se dire que vue que quelque chose est un produit naturel, il est inoffensif. Ce qui est totalement faux. Naturel ne veut pas dire sans danger. La cocaïne est bien naturelle mais peut être mortelle. En toute chose il y’a un côté bon et un moins bon. Le vin par exemple est bon pour le cœur à une certaine dose quotidienne, mais en abuser entraîne des dommages sur tout l’organisme.
Il en est de même pour les HE. Il faut bien les connaître avant de les utiliser pour éviter tout effet négatif. Il arrive que des gens qualifiés de spécialistes des HE vous donnent des avis contraires sur les questions que vous vous posez. Référez-vous à ceux qui ont fait leurs preuves dans le domaine et gardez en mémoire que vous devez considérer les HE comme des médicaments issus de la nature et qui ont fait leurs preuves depuis plus de 5000 ans.
Pour ma part, j’utilise les HE aussi bien à l’interne qu’à l’externe, en prévention comme en cure, dans mes cosmétiques, pour purifier les pièces de ma maison etc… Alors n’ayons pas peur des HE mais prenons les en alliés de notre santé. J

NB: les HE se conservent toujours dans des flacons opaques à la lumière, de préférence en verre ambré, dans un endroit frais et hors de portée des enfants.
Flacon en verre opaque



[1]FOLLIARD, Thierry. Le Petit Larousse des Huiles Essentielles. Paris, Larousse, 2014, 303.
[2] FRANCHOMME, Pierre et al. L’aromathérapie exactement. Éd. Roger Jollois, Mailleux, 2014, 491.
[3] FESTY, Danièle. Se soigner avec les huiles essentielles pendant la grossesse. Éd. LEDUC, 2011, 269.
*le texte original contenait le mot Doliprane qui est un médicament à base de paracétamol (synonyme de l'acétaminophène) et utilisé de la même manière que le Tylenol l’est en Amérique du nord.



 

8 commentaires:

  1. Excellent article!! Clear et complete sur bien des questions souvent demander par des personnes en recherche de responses !!

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    1. Merci Monette. En effet ceux sont ces mêmes questions qui reviennent tout le temps

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  2. Merci beaucoup, c'est vraiment intéressant tout ça. De bons points de repère aussi et j'adore le tableau :-)

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  3. Bravo Rokia, que c'est intéressant de démystifier les huiles essentielles pour les rendre accessibles à tous !

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    1. Merci Stéphanie ☺
      On entend tellement de choses sur les he que je me suis sentie un peu dans l'obligation d'apporter ma contribution pour éclaircir les choses. Et merci à toi pour toutes les connaissances et la passion des he que distilles autour de toi ☺

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  4. Bonjour Rokia,
    Que pensez-vous de l'ajout de HE (à petite dose) dans les baumes à lèvres? On voit souvent des baumes à lèvres avec de le menthe douce ou de la lavande dedans ... Est-ce bon ?

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    1. Bonjour Catherine
      oui on peut mettre des HE dans les baumes à lèvres, environ 1%. Il faudra éviter celles qui sont photosensibilisantes ; exemple les agrumes.

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